Le globe terrestre protégé par l’atmosphère


 

Les références coraniques à l’atmosphère sont nombreuses, et s’accompagnent souvent de rappels des signes de la sollicitude de Dieu envers les hommes. Ainsi, dans la sourate Al Anbiyaa, Dieu dit : 

«Et Nous avons fait du ciel (alssamaa) un toit protégé. Et cependant ils se détournent de ses merveilles» (Coran, 21. 32).

On sait que le substantif  samaasignifie en arabe, non pas uniquement ciel, mais encore tout ce qui est placé à une certaine hauteur par rapport à nous, d’où le verbe samaa, se hisser, se lever, au sens propre comme au figuré. La même idée de protection apparaît, parallèlement à la notion d’une altitude relativement proche du niveau de sol en tant que ciel, dans la sourate Fussilat :

«Et Nous avons décoré le ciel le plus proche de la terre(alssamaa alddunya) de luminaires et l’avons pourvu d’une protection» (Coran, 41. 12).

  Or, à l’époque de l’apparition de l’Islam, la notion de la protection de la terre par le ciel au sens que nous venons de définir, donc par son atmosphère, non seulement paraissait comme une nouveauté, mais comme un défi lancé aux plus fermes convictions quant à la forme et à la matière du ciel. On ne fera pas grand cas ici des conceptions mythologiques sur une Olympe où régnaient des divinités dont la débauche et le ridicule allaient fournir aux premiers Pères de l’Église naissante de solides armes dans leur polémique contre le paganisme gréco-romain : les esprits graves, qui n’ignoraient pas la critique de l'anthropomorphisme par Xénophane, Aristote, Théophraste et Arcésilas, savaient bien qu’il ne fallait pas prendre au sérieux ces tissus de mensonges poétiques. De même, Platon, s’autorisant des mauvais effets de ces derniers sur les mœurs et l’imagination, avait d’ailleurs décidé d’exclure les poètes de sa République idéale. L’on se fiait plutôt aux doctrines des physiciens grecs, nommés plus tard philosophes : le ciel était alors une voûte solide placée à peine plus haut que les chaînes du Cithéron ou du Parnès en Attique. Cette conception fit longtemps craindre la chute du ciel sur la terre, jusqu’au moment où Anaximandre, disciple du célèbre Thalès, qui faisait flotter la terre sur les Eaux, posa, vers 570 avant J. -C., la sphéricité du ciel : la terre, placée au centre de la sphère du ciel, restait désormais immobile sans s’appuyer sur aucun support. Cette idée fut reprise et développée par les Pythagoriciens, et peu plus tard par Platon et Aristote, qui, tous, multiplieront les sphères autour de la terre non seulement pour faire ressortir la perfection numérique, suivant la tradition pythagoricienne, de l’architecture céleste, mais pour mieux opposer cette même perfection à l’imperfection terrestre, séparer définitivement le ciel de la terre et, du coup, arracher la crainte de la chute de ce qui avait paru comme une voûte solide. De fait, à partir à peu près de 340 avant J.-C., c’est la conception d’Aristote qui dominera sans partage en matière astronomique et ce, jusqu’à la Renaissance : auteur justement du premier traité connu de météorologie (Les Météorologiques), il posera, dans ses traités Du ciel et De la génération et de la corruption, l’immobilité de la terre au centre du monde, niera l’existence du vide et réaffirmera l’unicité et la sphéricité du ciel. Aussi sa cosmologie fondera-t-elle l'assise même du système géocentrique de Ptolémée, qui restera en vigueur jusqu’au triomphe des idées de Copernic. 

Dans ce contexte intellectuel, très sommairement schématisé, la révélation coranique vient affirmer non seulement le rôle protecteur de l’atmosphère, mais la division de celle-ci en sept couches, ainsi que le montre ce verset, qui emploie le substantif pluriel taraiqa, couches :

«Nous avons créé, au-dessus de vous, sept cieux(taraiqa) [...]» (Coran, 23. 17).

Certaines sourates rappellent la même division en employant le substantif samaa au pluriel :

«C' est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur la terre, puis Il a orienté Sa volonté vers le ciel et en fit sept cieux(samawatin). Et Il est Omniscient» (Coran, 2. 29)  

«Dieu qui a créé sept cieux (samawatin) et autant de terres [...]» (Coran, 65. 12).

Mais d’autres précisent de surcroît la structure superposée des couches et parlent d’un rôle assigné à chacune d’entre elles dès le moment même de leur création à partir de la masse nébuleuse protosolaire :

«Il S'est ensuite adressé au ciel qui était alors fumée et lui dit, ainsi qu'à la terre : “Venez tous deux, bon gré, mal gré”. Tous deux dirent : “Nous venons obéissants”. Il décréta d'en faire sept cieux (samawatin) en deux jours et révéla à chaque ciel sa fonction [...]» (Coran, 41.11-12).

«Celui qui a créé sept cieux (samawatin) superposés sans que tu voies de disproportion en la création du Tout Miséricordieux [...]» (Coran, 67. 3).

«N' avez- vous pas vu comment Dieu a créé sept cieux (samawatin) superposés»  (Coran, 71. 15).

Donc, l’atmosphère, pour le Coran, est un toit  qui protège ; elle est divisée en sept souches, qui sont investies d’un certain nombre de fonctions. Pour comprendre ces attributions et divisions, il faut, bien entendu, dire un mot sur la composition de l’atmosphère. Cette dernière est en effet une enveloppe essentiellement gazeuse qui entoure le globe terrestre. Elle est constituée de 78 % d’azote (N2), 21 % d’oxygène (O2) et 1 % de gaz comme l'ozone (O3), qui est une forme triatomique de l'oxygène, l’argon (Ar), qui est un gaz inerte, et d’autres gaz à l'état de traces, comportant notamment du dioxyde de carbone (CO2) et de la vapeur d'eau. L’ensemble des molécules qui constituent ces gaz est soumis à deux forces : celle de leur vitesse d’environ 500 m/s, qui les porte vers l’espace et celle de l’attraction terrestre, qui les ramène vers le globe. Sans entrer ici dans ce qu’il est convenu d’appeler les variables atmosphériques, dont le vecteur vent, le champ de pression, la masse volumique des particules, la concentration de celles-ci en vapeur d’eau, leur champ magnétique ou leur champ de température, autant de facteurs qui affectent l’état physique des particules atmosphériques, l’on peut observer que la moitié de la masse de l’atmosphère se situe au-dessous de 5 500m, les 2/3 au-dessous de 8 400 m, et qu’il faut s’élever à une altitude de 31 000m environ pour atteindre 99% de la masse atmosphérique. Ainsi, les 9/10 de cette masse, dont la hauteur limite se situe pourtant à près de 1000 Km constituent une pellicule de 13 à 16 Km d’épaisseur à l’équateur et de 7 à 8 Km aux pôles: cette masse prend ainsi la forme d’une sphère aplatie, tout comme la terre, dont la forme ellipsoïdale semble être attestée  par le verbe dahaha étendre ou encore donner une forme ovale, dans  le verset 30 de la sourate 79 :

«Et la terre, après cela, Il l'a étendue(dahaha)».

   Au terme de diverses tentatives de stratification verticale de l’atmosphère, il fut généralement admis, suivant la recommandation faite en 1960 par l’Union Internationale de Géodésie et de Géophysique à Helsinki, et qui a été renouvelée en 1962 par le Comité Exécutif de l’Organisation Météorologique Mondiale, que la structure de l’atmosphère obéit à une répartition verticale des températures, d’où la distinction de diverses régions ou couches, qui sont, de bas en haut : la troposphère, la stratosphère, la mésosphère et la thermosphère. D’une manière générale, la température décroît en fonction de l’altitude dans la troposphère et la mésosphère ; alors qu’elle augmente à mesure que l’on s’élève dans la stratosphère et la thermosphère. 1.- La troposphère s’étend jusqu’à 16 Km à l’équateur et 10 Km aux pôles. La température y  décroît d’environ 6 °C  tous les 1000 m : c’est dans cette région que se produisent la plupart des phénomènes météorologiques ; 2.- Dans la stratosphère, la température se met à augmenter à partir d’une altitude de 25 Km et atteint son niveau maximal à une altitude de 50 Km environ : c’est à 30 Km que se trouve le maximum de concentration en molécules d’ozone ; 3.- La mésosphère se situe au-delà de la stratosphère et jusqu’à une altitude d’environ 80 Km, où la température atteint encore une fois son niveau minimal ; 4.- Enfin, dans la thermosphère, au-delà de 80 Km et jusqu’à une altitude de 800 Km environ, la température croît de nouveau et atteint 1000 K à 750 Km. À ces quatre régions de température, les lois de la mécanique des fluides ajoutent trois autres grandes régions suivant le parcours des molécules. L’on distingue ainsi, de bas en haut : 1.- La neutrosphère, qui s’élève jusqu'à 60 Km et qui connaît une faible concentration des électrons ; 2.- L’ionosphère, qui connaît plusieurs niveaux de densité électrique suivant l’altitude et où se distinguent la couche D (à 100 Km), et les couches F1 et F2  (à 180 et à 350 Km) ; 3.- L’exosphère, qui se situe au-dessus de la thermosphère à une altitude de près de 750 Km :  les molécules y sont en libre parcours et n’obéissent plus aux lois de la mécanique des gaz. Cela dit, l’ensemble de ces sept régions est couvert par la magnétosphère, placée à une altitude fort élevée aux confins de l’atmosphère (au delà de 1 000 Km), où le champ magnétique terrestre exerce, à défaut de la gravitation, une forte influence sur les particules ionisées.

   Donc, les lois de la thermodynamique comme celles de la physique des gaz permettent de distinguer 7 grandes régions dans l’atmosphère. Sans chercher à rapprocher ces régions des sept cieux évoqués plus haut, ce qui serait hors propos, il faut à présent chercher à comprendre pourquoi l’atmosphère, toutes attributions en matière de protection du globe terrestre confondues, est décrite dans le Coran comme un toit qui nous protège. D’abord, cette stratification semble répondre à la volonté divine de la consolidation et de l’équilibre de l’architecture atmosphérique :

«Nous avons construit au-dessus de vous sept (cieux) renforcés» (Coran, 78. 12).

Les exégètes s’accordent à dire, dans leur commentaire de ce verset, que par «Nous avons construit au-dessus de vous [...]», il faut entendre justement la  parfaite consolidation de la construction du ciel. Al Tabari y ajoute que, le toit d’une maison en étant le ciel pour les Arabes, Dieu voulut s’adresser à ces derniers dans leur propre parler, d’où l’assimilation de la construction du ciel par rapport à la terre à celle d’un toit par rapport à une maison. Ce verset, qui rappelle implicitement l’image du toit protecteur évoque ainsi la nécessité d’une fortification qui répondrait à différents niveaux de risques ou de dangers. De fait, la distinction des quatre premières couches suivant le profil de la température correspond à l’absorption sélective du rayonnement solaire. Ainsi, la haute température dans la thermosphère est due à l’absorption de l’ultraviolet lointain (dont les longueurs d’onde sont inférieures à 200 nm) par les atomes d’oxygène. De même, le rayonnement ultraviolet dont la longueur d’onde se situe entre 200 et 300 nm est absorbé par l’ozone, ce qui produit un maximum de température dans la stratosphère. L’action photochimique du rayonnement ultraviolet sur les organismes vivants est évidemment fort dévastatrice et ses effets sont bien connus : suivant la somme de doses d’activité chimique reçue, ces effets peuvent se ranger de la réduction des processus vitaux jusqu’à la destruction pure et simple des tissus. C’est ainsi que l’exposition au rayonnement ultraviolet peut causer des brûlures de peau, accélérer le vieillissement de cette dernière, en provoquer le cancer, entraîner des maladies oculaires, affaiblir le système immunitaire, inhiber la photosynthèse des plantes, entraîner la disparition du plancton marin, etc. Cependant, une certaine partie du rayonnement  ultraviolet traverse la couche d’ozone, sous une forme inoffensive appelée ultraviolet A, pour atteindre la surface du globe. Ses effets, quand la dose est minimale, sont au contraire bénéfiques, car une légère dose de ce rayonnement est nécessaire justement à la pigmentation normale de la peau et à la production de la vitamine D dont la carence provoque le rachitisme.

     D’autre part, et à une échelle plus spectaculaire, la protection contre les rayons cosmiques les plus violents se fait par leur désintégration au moyen d’une interaction entre leurs particules chargées avec le champ magnétique entourant la plus haute atmosphère. Rappelons d’abord que ces rayons constituent un ensemble de particules de très haute énergie pouvant atteindre 1019 eV. Cet ensemble est formé à 90 % de protons, à 9 % de noyaux d'hélium et  à 1 % de noyaux d'éléments plus lourds ou d'électrons : parmi les effets d’exposition au rayonnement dit primaire, par opposition aux produits de réaction, qui constituent le rayonnement  secondaire (tels que les  mésons c et Y), l’on relève les aberrations ou les mutations génétiques ainsi que les déformations chromosomiques, qui sont d’une portée infinie et qui, en l’absence de cet écran protecteur qu’est l’atmosphère, peuvent entraîner l’extinction de la vie sur terre. Les risques d’irradiation en matière de sortie dans l’espace sont par ailleurs au centre des préoccupations des astronautes et posent de sérieuses difficultés en matière de construction de stations spatiales. Cela étant, l’existence dans la magnétosphère de Ceintures dites Van Allen, du nom du chercheur qui en fait a découverte en 1958, permet au double anneau de ces ceintures de piéger les particules sub-atomiques. Ces ceintures ne sont pas tout à fait concentriques à la terre. Mais leurs deux tores forment un bouclier plus ou moins sphérique : la déformation par le vent solaire des lignes de champ de la magnétosphère fait varier l'altitude de la ceinture intérieure de 400 à 1 000 Km ; alors que la ceinture extérieure peut s’élever jusqu'à 64 000 Km. Ainsi, les particules chargées projetées par le vent solaire sont captées par la magnétosphère, qui les force à faire des mouvements hélicoïdaux les déviant vers l’Ouest ou vers l’Est. En outre, la déviation ou le filtrage du rayonnement primaire se fait par une série de collisions nucléaires suite à l’interaction entre les particules chargées provenant du vent solaire (protons, électrons et particules N) et les noyaux de constituants atmosphériques (oxygène, azote, etc.) : sous l’effet du choc, le rayon cosmique se brise en donnant lieu à une série de particules élémentaires (rayonnement secondaires) dont résulte, au terme d’une cascade de collisions et d’interactions, la désintégration en rayons gamma, qui, par la suite, se désintègrent à leur tour pour donner naissance à des mésons et des neutrons : telle est la composante dite dure du rayonnement secondaire. La composante douce, par ailleurs, est celle qui est produite par le passage des électrons dans le champ électriques des noyaux atmosphériques, qui leur permet de rayonner une bonne partie de leur énergie sous forme de rayons gamma. Il faut également évoquer brièvement deux autres phénomènes qui contribuent grandement à la déviation et l’absorption des rayons cosmiques. D’abord, l’irruption d’électrons dans la magnétosphère suite à des éruptions solaires donne naissance à de gigantesques orages magnétiques: piégés dans les lignes de force du champ géomagnétique de la terre, ils subissent, au niveau de l’ionosphère, une polarisation qui génère une forte différence de potentiels, laquelle se traduit justement par ces puissants courants électriques appelés orages magnétiques. Non pas moins impressionnant, ensuite, est le phénomène connu sous le nom d’aurores polaires (ou boréales, suivant l’hémisphère où il se produit), qui correspond à une formidable dynamique des particules chargées du vent solaire au moment également de leur entrée dans la très haute atmosphère.  Les  Anciens, qui avaient remarqué ce phénomène, y voyaient des présages de mauvais augure et l’attribuaient à une brusque ouverture dans le ciel à travers laquelle celui-ci semblait vomir des flammes. On sait maintenant que les éruptions chromosphériques du soleil sont projetées à des vitesses qui peuvent atteindre 120 000 Km/s. Leur interaction avec la magnétosphère constitue une formidable dynamo magnétodynamique qui se traduit par leur collision avec les constituants atmosphériques et leur capture dans le champ magnétique terrestre: le phénomène lumineux est dû à de monumentales décharges électriques qui résultent de ces collisions.

   Autant dire qu’en les déviant, en les désintégrant ou en les absorbant, l’atmosphère empêche les rayons cosmiques primaires d’atteindre le sol. Parallèlement à ces filtrages ou déviations des rayonnements nocifs et incompatibles avec la vie, le maintien de cette dernière dans des conditions d’équilibre thermique assure également un rôle protecteur pour le globe terrestre. À travers la circulation même de l’atmosphère et à travers les mouvements de transferts d’énergie, notre toit protecteur agit en effet en tant que véritable machine thermique asservie au maintien de la vie sur terre. Il faut observer que le flux moyen d’énergie solaire atteignant le sommet de l’atmosphère est de l’ordre de 1380 W par mètre carré. Environ 20 % du rayonnement solaire est absorbé dans l’atmosphère notamment par l’ozone, le dioxyde de carbone et la vapeur d’eau ; alors que près de 30 %  de ce rayonnement est réfléchi vers l’espace par les hautes couches atmosphériques. Le restant de l’énergie est absorbé par la terre, qui, après en avoir conservé une somme suffisante à son équilibre thermique, le réémet vers l’espace sous forme de rayonnement infrarouge, qui est à son tour absorbé dans l’atmosphère par le dioxyde de carbone, la vapeur d’eau, le méthane et d’autres gaz, pour être de nouveau renvoyé à la terre. Tel est le célèbre effet de serre, qui maintient de la sorte dans les couches d’air voisines du sol une température moyenne de 15 °C, et sans lequel celle-ci serait de l’ordre de - 18 °C. Cet équilibre thermique est encore maintenu par le mécanisme de la circulation atmosphérique, qui permet des transferts d’énergie compensant la différence de température entre l'équateur et les pôles, comme le montre la force dite de Coriolis, due à la rotation terrestre, qui provoque une déviation des courants aériens dans le sens des aiguilles d'une montre dans l'hémisphère Nord et dans le sens contraire dans l'hémisphère Sud. De fait, et compte tenu des différences de pression, il y a un échange constant entre l’air chaud de l’équateur, qui se dirige vers les pôles à haute altitude, et l’air froid polaire, qui se porte vers l’équateur à basse altitude.

    Ainsi, l’image du toit placé au-dessus de nous apparaît ici dans son sens le plus familier, qui évoque l’idée d’une maison mettant ses habitants à l’abri des intempéries climatiques : l’équilibre thermique est l’une des formes les plus élémentaires de la protection ou du maintien de la vie. Cette dernière serait d’ailleurs moins concevable encore en l’absence de ce même toit qui constitue également un très solide bouclier contre les divers bombardements provenant de l’espace sous forme de météoroïdes, d’astéroïdes, de grains cométaires, etc. À l’exception d’Io, qui est l’un des satellites de Jupiter, l’on observe  l’existence sur l’ensemble des corps solides du système solaire d’énormes dépressions circulaires qui sont dues en effet à la chute de météoroïdes ou autres corps de grandes tailles, comme les astéroïdes ou les noyaux de comètes, dont l’origine est parfois attribuée à l’explosion d’une ancienne planète. La formation des cratères d’impact apparaît d’ailleurs comme le mode essentiel de façonnement de la surface des planètes et des satellites de notre système. Le globe terrestre n’échappa donc pas à ces bombardements, dont les traces ont souvent été effacées au cours de son histoire géologique. C’est ainsi que, grâce aux méthodes de télédétection et vu l’origine de certains minéraux et la nature des déformations dus au choc, l’on put identifier plus de 100 cratères d’impact sur la surface du globe, tel par exemple le célèbre cratère Barringer en Arizona (Meteor Crater), qui a 1, 2 Km de diamètre et 180 m de profondeur. On estime que la masse de météorite qui lui a donné naissance il y a près de 50 000 ans devait être au moins de 60 000 t. C’est dire l’ampleur du danger que peut représenter une chute météoritique sur une planète comme la terre. La formation par ailleurs de l’atmosphère, suite au refroidissement de la terre au cours de la période primitive et à partir des éléments de dégazage conservés, permit, sinon d’en réduire le flux, du moins de détruire la plupart des corps météoritiques les plus dangereux avant leur arrivée au sol : l’histoire récente n’a été témoin d’aucune formation de cratère ; et l’explosion en 1908 du bolide de Toungouska, en Sibérie, provoqua sa complète désintégration dans les couches supérieures de l’atmosphère. C’est ainsi que l’on estime que trois fois par million d’années des météorites dont l’impact est suffisamment fort pour former un cratère de 10 km de diamètre risquent de s’écraser sur la terre : il y a une chance sur 3 pour que la chute se produise sur une surface continentale. De fait, la terre absorbe près de 100 000 t de poussières cosmiques (mesures par stations orbitales ou satellites) par année, qui résultent de la destruction des ces objets naturels. L’on appelle ainsi météores les météoroïdes de petite taille ou les grains cométaires qui, ayant pénétré dans l’atmosphère, sont entièrement pyrolysés : d’une vitesse allant de 10 à 70 Km/s, ces fragments de matière interstellaire s’échauffent au contact de l’atmosphère, ce qui provoque leur volatilisation dans la stratosphère. Leur destruction s’accompagne parfois de traînées lumineuses, qui résulte de l’ionisation de l’air pendant leur passage dans l’atmosphère, d’où l’appellation «étoiles filantes». On les appelle par ailleurs bolides lorsque leur destruction est accompagnée d’un phénomène sonore, qui est lié à l’onde de choc formée à l’avant de leur corps. Au contraire, sont partiellement détruits les grains cométaires dont le diamètre, trop petit, leur permet simplement d’évacuer l’énergie de friction : ils atteignent la surface de la terre, mais ne représentent plus aucun danger pour la vie. Enfin, les météorites dont la taille plus massive ne leur permet pas d’être entièrement consumées sont fragmentées par l’onde de choc produite au moment de leur passage dans l’atmosphère, lequel freine en même temps leur vitesse de rencontre avec le sol.

***

Tel paraît être donc le rôle protecteur de ce toit : placé autour de la terre, il met cette dernière à l’abri des rayonnements nocifs, y assure l’équilibre thermique et la protège contre les assauts des corps en provenance de l’espace. Autant de preuves en effet de la sollicitude de Dieu envers les hommes :

«Nous avons créé, au-dessus de vous, sept cieux(taraiqa ). Et Nous ne sommes pas inattentif à la création» (Coran, 23. 17).

Or, s’il faut observer, d’abord, que ces moyens de protection sont en somme des réactions chimiques ou physiques entre les noyaux de constituants atmosphériques et les particules en provenance soit de la terre soit de l’espace, c’est que la composition gazeuse de l’atmosphère autorise l’ensemble de ces réactions. Donc le maintien en équilibre de cette composition proportionnellement dosée est garant de l’efficace de ces moyens de protection. Ensuite, on vient de voir que la protection prend souvent la forme du renvoi par l’atmosphère de certaines substances soit vers l’espace soit à la terre. Cette activité, qui consiste pour l’atmosphère à réfléchir ou à renvoyer ce qu’elle reçoit, est justement bien exprimée dans ce verset, où il s’agit d’un serment fait par Dieu :

«Par le ciel qui fait revenir(thati alrrajAAi)» (Coran, 86. 11).

Certes, comme le remarquèrent les commentateurs traditionnels, l’on peut entendre par rajAAi le retour périodique de bienfaits pour l’humanité à travers la pluie,  la réapparition cyclique des corps célestes ou encore le retour quotidien dans le ciel des anges chargés des actions des mortels. Mais, aujourd’hui, il suffit de s’autoriser justement des activités chimiques ou physiques se produisant dans l’atmosphère pour se voir porté à prendre le mot rajAAi dans son sens le plus strict, qui veut dire remettre une chose à sa place ou la faire revenir à son lieu d’origine, comme le fait justement l’atmosphère dans le cas des ondes sonores, des rayons nocifs, de la vapeur d’eau, du rayonnement infrarouge, etc. Il est important, en conséquence, de bien noter ce phénomène de réflexion ou de renvoi ; car, associé à l’état d’équilibre initial dans la composition même de l’atmosphère, il assure, ainsi que nous venons de l’écrire, la protection du globe terrestre. Si, au contraire, cet équilibre est rompu, la réflexion ou le renvoi de substances n’en cessera pas moins car tel est l’une des fonctions assignées aux différentes couches de l’atmosphère. Mais la rupture, qui est transgression, est alors grosse de fâcheuses conséquences. Dans un verset qui dit l’harmonie et l’équilibre de la composition atmosphérique, Dieu nous signifie l’ordre de ne pas faire violence à cet équilibre :

«Et quant au ciel, Il l'a élevé bien haut. Et Il a établi la balance. Ne transgressez pas dans la balance» (Coran, 55, 7-8).

Néanmoins, fort des progrès de sa révolution industrielle, l’homme moderne sonna, plus fort que tous ses ancêtres réunis, le glas de l’équilibre initial : il devra alors se résoudre à recevoir du ciel, sous une forme ou une autre, ce qu’il y dépêche :

«La corruption est apparue sur la terre et sur la mer à cause de ce que les hommes ont accompli de leurs propres mains ; afin que Dieu leur fasse goûter une partie de ce qu’ils ont fait. Peut-être reviendront-ils (vers Dieu)» (Coran, 30. 41).

Sans entrer ici dans les détails des nombreuses atteintes à l'environnement, qui débordent de loin la seule pollution de l’atmosphère, il suffit d’évoquer brièvement, pour mesurer la portée de la violence faite par l’homme à cet état d’équilibre dans la composition atmosphérique, le célèbre «trou d’ozone», qui fut découvert en 1985 au-dessus de l’Antarctique, et la répercussion de la révolution industrielle sur l’effet de serre. On sait que ce dernier constitue un phénomène naturel d’équilibre thermique. Mais l’augmentation incessante du dioxyde de carbone due et à l’utilisation des combustibles fossiles (charbon et pétrole) et à la déforestation massive, et l’utilisation à une très grande échelle de gaz comme le méthane et les fréons entraînent l'accroissement constant de l'effet de serre, c’est-à-dire une élévation dangereuse de la température globale et, par conséquent, de bouleversements catastrophiques pour l’ensemble de l’écosystème. D’autre part, l’équilibre initial est en outre compromis par la présence dans l’atmosphère de polluants dus aux gaz d’échappement (le dioxyde de soufre, les oxydes d'azote et les hydrocarbures), qui provoquent au contraire des réactions chimiques fort néfastes : le dioxyde de soufre peut se transformer en acide sulfurique formant des smogs  dont l’action fort nocive sur les citadins fut souvent relevée dans les rapports médicaux ; le dioxyde de soufre et les oxydes d'azote sont renvoyés à la terre avec les pluies et les neiges après leur transformation au sein de l’atmosphère en des substances acides extrêmement dangereuses ; à très basse altitude de l’atmosphère, les oxydes d’azote et les hydrocarbures se transforment en ozone et en peroxyacyl nitrate entraînant la pollution photo-oxydante, qui provoque la brûlure des végétaux. Ces sont là, décrits trop sommairement, quelques-uns des effets des atteintes faites par l’homme à l’équilibre de l’atmosphère : la découverte par ailleurs de la pollution de l’espace par des débris, des tôles et des fragments de satellites trahit la constante multiplication de ces atteintes et suscite en même temps de nombreuses préoccupations qui se traduisirent récemment par la nécessité de confier les soins d’un scrupuleux suivi de ces objets aux radars du Norad (North American Aerospace Defence) à Colorado Springs.

   Le progrès de l’homme doit-il s’accompagner de la démission de son respect envers ce qui est asservi à son seul salut ? À une époque où se multipliaient les affabulations et les explications les plus obscures quant à la nature du ciel ou à celle de l’atmosphère, le Coran vint dire la Vérité tout en annonçant :

«Nous leur montrerons Nos signes dans l’univers et en eux-mêmes, afin qu’il leur devienne évident que ceci (le Coran) est la vérité. Ne suffit-il pas que ton Seigneur soit témoin de toute chose?» (Coran, 41. 53).

 

Par: Dr Essam Safty

Professeur à l'université St Thomas, Canada

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Biographie sélective

I. Sources:

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